Nvidia réserve officiellement ses plus hauts niveaux de Multi Frame Generation (MFG) à la série RTX 50, mais un journaliste de PC Gamer a réussi à pousser une RTX 4070 Super bien au-delà de la limite annoncée. À l’aide de mods non officiels, il a activé jusqu’à 4x, voire 6x MFG dans plusieurs jeux en 1440p, avec des résultats étonnamment jouables malgré des artefacts et de la latence. De quoi questionner, au moins ponctuellement, la nécessité d’un passage précipité vers la dernière génération.
MFG, comment ça marche et pourquoi Nvidia le bride sur RTX 40
Le Multi Frame Generation vise à lisser le gameplay en intercalant des images générées par IA entre les images effectivement rendues par le GPU. Après une première itération 2x lancée avec la série RTX 40 en 2022, Nvidia a réservé les paliers supérieurs (jusqu’à 6x) aux RTX 50. En cause, selon l’argument technique avancé : des Tensor Cores plus costauds et, surtout, un nouveau composant dédié, l’AI Management Processor (AMP), associé au « Flip Metering » pour orchestrer l’envoi des images (rendu + IA) à l’écran avec une stabilité maximale. Les RTX 40, comme la 4070 Super utilisée pour ce test, n’embarquent pas cet AMP.
Conséquence officielle : les cartes RTX 40 sont limitées à 2x MFG. Conséquence officieuse : une communauté de bidouilleurs tente d’outrepasser ce plafond, quitte à accepter des “bizarreries” visuelles et des risques de stabilité.
Le contournement: ReShade HDR Installer, « RTX 40 MFG » et OptiScaler
Le protocole du test est limpide : installation via ReShade HDR Installer de mods qui déverrouillent des niveaux de MFG supérieurs sur RTX 40. L’auteur indique que sa 4070 Super, limitée officiellement à 2x, a pu monter jusqu’à 6x MFG dans les jeux compatibles, même s’il a souvent plafonné à 4x pour des raisons de support variable selon les titres. Dans certains cas (Pragmata), l’ajout du module « RE Framework » s’est avéré nécessaire.
Les réglages communs aux essais: 1440p, préréglage High, DLSS en mode « Balanced », ray tracing et effets similaires désactivés. Aucun cap de framerate imposé, l’objectif étant d’observer les extrêmes en moyenne et en 1% low. Un point d’attention majeur : seuls des jeux solo ont été testés, ces mods pouvant déclencher les anti-cheats. L’auteur cite d’ailleurs Arc Raiders comme exemple de jeu multijoueur à éviter dans ce cadre.
Des résultats en dents de scie selon les jeux
Premier enseignement: le support MFG n’est pas homogène. Certains titres surprennent, à l’image de Lost Records: Bloom & Rage et The Thaumaturge, qui acceptent jusqu’à 6x MFG. D’autres, déjà réputés pour leur charge technique, se montrent capricieux.
- Lost Records: Bloom & Rage – Pas de gain spectaculaire au compteur, mais une sensation de fluidité convaincante. L’unique altération notable: un adoucissement de certaines ombres sur un personnage lointain. Pour le reste, l’expérience reste visuellement soignée.
- Vampire: The Masquerade – Bloodlines 2 – Davantage d’images par seconde, mais une stabilité perfectible avec du hitching. En 4x MFG, l’auteur rapporte des artéfacts en dévalant le Seattle enneigé: ghosting sensible en sprint ou en plané, plus discret à allure modérée.
- The Thaumaturge – Le ghosting apparaît surtout en cutscenes et en combat au tour par tour. Moins marqué que dans Bloodlines 2, mais suffisamment visible pour être relevé, notamment lors d’entrées en scène ou d’attaques infligeant un flou de concentration.
- Cyberpunk 2077 – Des chiffres de performance impressionnants, mais une instabilité marquée avec 4x MFG sur la 4070 Super: scintillements fréquents et une carte « grillée » en température durant les tests. L’auteur précise qu’il faudrait un sérieux travail logiciel avant d’envisager une partie complète dans ces conditions, quand son collègue a constaté une exécution plus propre sur RTX 5090.
- Pragmata – Mise en place jugée « d’une facilité déconcertante » une fois les bons modules installés. Reste la contrainte de VRAM: activer tous les raffinements visuels en plus du MFG dépasserait probablement le confort des 12 Go de la 4070 Super.
Latence, ghosting et le « coût » d’un déverrouillage non officiel
Même sur RTX 50 avec support officiel, le MFG peut induire flou, images molles et hausse de latence. Sans l’AMP, ces défauts deviennent plus probables sur RTX 40. Les manifestations concrètes décrites – hitching, ghosting en mouvement rapide ou lors de transitions de caméra, scintillements – rappellent que multiplier les images « synthétiques » ne résout pas tout, surtout quand la gestion du timing d’affichage n’est pas optimisée par le matériel.
Le PDG de Nvidia, Jensen Huang, a déjà reconnu l’intérêt de « porter la dernière génération d’IA sur les GPU précédents », en ajoutant que cela demanderait « un effort d’ingénierie conséquent ». À la lecture des essais, cette réserve prend sens: oui, l’augmentation de MFG sur RTX 40 « fonctionne » dans de nombreux cas, mais la cohérence visuelle et la stabilité varient fortement d’un jeu à l’autre.
Ce que ça dit, vraiment, des RTX 40 en 2026
Au-delà des courbes de framerate, un constat domine: jouer en 1440p High avec une RTX 4070 Super demeure largement viable, MFG ou non. Le déverrouillage officieux en 4x montre que la carte garde de la marge, suffisamment pour remettre à plus tard un upgrade coûteux vers la série 50. L’expérience n’équivaut pas à un support natif: plusieurs heures de bench ne remplacent pas une campagne complète et pourraient masquer d’autres bugs ou plantages. Mais pour qui aime expérimenter en solo et sait tolérer des défauts visuels, le gain de fluidité perçu peut être réel.
En filigrane, ce papier illustre le dilemme matériel du moment: l’écosystème RTX 50 propose des briques matérielles pensées pour l’ère IA du rendu temps réel, mais le parc RTX 40 n’est pas hors-jeu. Avec un peu de bricolage, il reste possible de grappiller des sensations « next-gen » – à condition d’accepter que les coulisses techniques ne soient pas toujours impeccables.
Prudence et bonnes pratiques
Quelques garde-fous ressortent de ces tests. D’abord, rester sur des jeux solo pour éviter tout souci d’anti-cheat. Ensuite, viser des paliers de MFG raisonnables (4x plutôt que 6x) selon le titre et surveiller la température GPU. Enfin, accepter que certains jeux demandent plus de réglages (désactivation du RT, DLSS en Balanced, modules additionnels) et que le rendu puisse fluctuer d’une scène à l’autre.
Bilan provisoire: sans AMP ni optimisation officielle, la 4070 Super peut tout de même offrir une expérience MFG multipliée étonnamment convaincante dans plusieurs titres. Ce n’est pas un blanc-seing pour tous les jeux, ni une annulation de l’intérêt des RTX 50, mais c’est suffisant pour démontrer que la génération 40 a encore du coffre – et qu’un upgrade peut, pour certains, attendre « quelques années de plus ».
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