Los Santos n’a jamais été aussi proche de l’Enfer sur Terre. Un mod de GTA 5 transforme littéralement le blockbuster de Rockstar en une chimère de Doom 2 : armes iconiques, vue à la première personne, et démons qui poppent en pleine rue. Le journaliste qui s’astreint à modder GTA 5 quotidiennement raconte avoir importé le fichier DOOM2.wad via un mod baptisé, dans un clin d’œil sans détour, « Doom 2 in GTA 5 Hell On Earth » (D2IGTA5HOE) — et le résultat tient du mash-up aussi irrésistible qu’incompréhensible.
GTA 5, mais en FPS de 1994
Le principe est d’une simplicité presque brutale : une pression sur F9 et GTA 5 bascule de son open world cinématographique en vue troisième personne à un shooter nerveux façon 1994. Pas de téléportation vers les cartes de Doom 2 : le décor reste Los Santos. La magie opère par superposition. L’auteur décrit une ville californienne soudain arpentée arme au poing, du super shotgun à la BFG, en passant par le minigun et le plasma. On aligne les taxis comme on dégommerait des impps, on affronte la police avec un canon énergétique. Deux héritages qui « ont bon goût séparément et deviennent incompréhensibles ensemble », résume-t-il avec amusement.
Un Enfer sur Terre au coin de la rue
La touche F10 pousse la logique à son paroxysme avec le mode Hell On Earth. Cette fois, ce ne sont plus seulement les armes : des ennemis authentiques de Doom 2 se matérialisent au beau milieu de la circulation. L’auteur évoque une scène surréaliste à l’aéroport, où des démons côtoient des furries armés, tandis qu’une tornade se rapproche — un chaos typiquement GTA, mais réorchestré à la sauce id Software. C’est le fantasme d’une rencontre impossible, rendu jouable par l’entêtement d’une communauté de moddeurs qui n’a jamais reculé devant les mariages les plus contre-nature.
Quand les touches se tirent dans les pattes
Le rêve a toutefois son talon d’Achille : la cohabitation des mods. F10, déjà associé sur la machine de l’auteur à un mode flossing et à des pouvoirs kryptoniens, déclenche une UI envahissante et des capacités façon Superman. Résultat : un quart de l’écran est masqué par une interface « encore intégralement en arabe », précise-t-il, et certains pouvoirs s’activent inopinément. Ironie délicieuse, l’hypervitesse au sprint fait plutôt bon ménage avec l’ADN de Doom Guy, transformant une contrainte en quasi-feature thématique.
Un import « BYO .wad » et un hommage bancal mais réjouissant
Le mod requiert que l’utilisateur fournisse lui-même le fichier DOOM2.wad — « tout le monde reste calme, on n’appelle pas les flics », plaisante le journaliste, conscient de toucher au patrimoine sous copyright. Le cœur du projet tient moins d’une recréation fidèle de Doom 2 que d’une contamination volontaire de GTA 5 par les systèmes et l’iconographie du FPS d’id Software. La ville devient un bac à sable où tester la BFG sur des patrouilles et faire parler le super shotgun à hauteur de portière. Un jeu de contrastes où l’élan pulp de 1994 perfore la simulation goguenarde de Rockstar.
La chronique d’un moddeur qui flirte avec la casse
Ce crossover s’inscrit dans une série de « bricolages » quotidiens où l’auteur dit chercher à la fois à métamorphoser GTA 5 en version PC fantasmée de GTA 6… ou à le casser entièrement. Il revendique l’expérience comme un feuilleton : « revenez demain pour voir la nouvelle horreur infligée au bébé de Rockstar », lâche-t-il, façon avertissement complice aux curieux. Ce ton, goguenard et un brin fataliste, épouse le joyeux sabotage qui fait le charme des chroniques de modding à grand spectacle.
Pourquoi ce délire fonctionne
La greffe surprend par sa cohérence accidentelle. La verticalité modérée de Los Santos et ses grands axes routiers offrent des théâtres de tir qui mettent en valeur les armes de Doom, tandis que le passage à la première personne — désormais natif dans GTA 5 — sert de passerelle naturelle. On ne joue pas à Doom 2 « dans » GTA 5 : on fait entrer l’esprit d’un pur FPS arcade dans un monde systémique où tout peut déraper, des PNJ terrifiés aux catastrophes climatiques scriptées par d’autres mods. Ce décalage produit l’étincelle comique et cathartique que l’auteur illustre avec sa scène d’aéroport — une apocalypse privée, orchestrée touche par touche.
Le clin d’œil à l’histoire, pied au plancher
Au-delà du gag, le mod parle aussi d’histoire du jeu vidéo en accéléré : Doom 2, pilier du FPS, se télescope avec l’open world post-GTA 3, autre matrice de modernité. Le résultat, forcément imparfait, tient davantage de l’art brut moddeur que de l’émulation patrimoniale. Mais c’est précisément ce heurt — une BFG dans les embouteillages de Vinewood, des cacodémons au-dessus des pistes — qui rend la proposition notable. Elle rappelle que Los Santos, terrain de jeu ultrasolide, continue d’absorber sans broncher les délires les plus excessifs des bidouilleurs.
Le mod « Doom 2 in GTA 5 Hell On Earth » n’est pas un remake, ni un portage. C’est une crise d’identité volontaire, une expérience limite où l’on rit autant des collisions de systèmes que de la témérité nécessaire pour appuyer, encore et encore, sur F9 et F10. Et parfois sur la gâchette de la BFG.
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